
Aujourd’hui seront désignés, dans les conseils municipaux, les délégués sénatoriaux qui constitueront le corps électoral indispensable au renouvellement partiel de la Seconde Chambre le 27 septembre prochain. Une élection déterminante – 95% des mandants du Luco sont issus des assemblées municipales – régie par de surprenantes modalités.
Ainsi sont-ce des initiés – pour la plupart eux-mêmes élus – qui désignent une fraction de nos législateurs par un biais marquant une représentativité accrue pour les petites communes et les départements ruraux ou territoires ultramarins marqués par une certaine faiblesse démographique. Ainsi St-Pierre-et-Miquelon, Wallis-et-Futuna, St-Barth’ et St-Martin envoient- ils, aux côtés de la Lozère, un seul élu à Paris, bénéficiant d’une représentativité considérable au regard de leur population. Car il est impossible d’infliger au Sénat la rigueur qui prévaut à l’Assemblée dans le découpage des circonscriptions, assis sur un recensement particulièrement strict. Une flexibilité de Pairs qui offre ses incongruités, la Creuse disposant ainsi d’un couple de sénateurs quand elle n’est plus pourvue que d’un seul député. Une situation qui rappelle celle de St-Barthélémy, doté d’un siège propre au Luxembourg mais partageant une circonscription législative avec la collectivité de St-Martin. Deux étrangetés juridiques, les élus étant là-bas mieux représentés que leur population.
Ce scrutin du 5 juin traduira bien sûr les nouveaux équilibres issus des municipales, accentuant la politisation accrue des élections sénatoriales depuis un quart de siècle. Ainsi la fin du panachage arrime-t-elle davantage les grands électeurs aux volontés du maire. De même la réduction du mandat de 9 à 6 ans favorise-t-elle hélas une campagne permanente, la série renouvelée ensuite fourbissant déjà les armes électorales de la seconde partie du sextennat sans jouir du triennat d’action pleine envolé en 2003.
Mais les sénatoriales, rare élection dont le mode de scrutin diffère entre égaux, ressemblent d’autant moins à leurs débuts que l’extension progressive de la proportionnelle – désormais applicable aux départements dotés d’au moins 3 sénateurs – politise les scrutins et favorise les coalitions au détriment des hommes jadis plus aisément reconnus pour leur travail. De même l’abaissement de l’âge minimum requis dilue-t-il une autre spécificité de la Seconde Chambre, où doivent régner deux biens que la fureur des hommes pressés comprime : la sagesse et l’expérience.
Romain ARTIGUEBERE



